L’approche patrimoniale – Valoriser ce que possède l’entreprise
La méthode de l’actif net réévalué (ANR)
L’approche patrimoniale consiste à valoriser l’entreprise par ses actifs : on calcule l’actif net comptable (actifs – dettes) puis on le réévalue à la valeur de marché. Cette méthode corrige les distorsions comptables : un immeuble acheté 500.000€ il y a 20 ans et amorti à 250.000€ comptablement peut valoir 1.200.000€ au prix de marché actuel. La réévaluation porte sur les immobilisations corporelles (terrains, bâtiments, machines), les stocks (élimination des obsolètes), et les créances (déduction des irrécupérables).
La méthode ANR convient particulièrement aux sociétés patrimoniales (holdings immobilières, SCI) ou aux entreprises industrielles disposant d’actifs tangibles importants. Limite majeure : elle ignore totalement la capacité bénéficiaire future de l’entreprise et ne valorise pas les actifs incorporels (marque, savoir-faire, clientèle fidèle).
Cas pratique : Jacques et sa société immobilière
Jacques, 62 ans, souhaite céder sa SARL de gestion immobilière détenant 6 immeubles commerciaux à Luxembourg-Ville. Son comptable calcule un actif net comptable de 2,1M€. Mais après expertise immobilière, les bâtiments valent 4,8M€ (vs 2,5M€ comptable), générant un ANR de 4,4M€. Sans cette réévaluation, Jacques aurait sous-évalué sa société de plus de 2M€. L’ANR constitue ici la méthode la plus pertinente car la valeur réside dans les actifs immobiliers, pas dans l’activité de gestion elle-même.
Les méthodes de rendement – Valoriser la capacité bénéficiaire
Les multiples de valorisation (approche comparative)
La méthode des multiples valorise l’entreprise en appliquant un coefficient multiplicateur à un agrégat financier (chiffre d’affaires, EBITDA, résultat net). Par exemple, une PME de services professionnels se vend généralement entre 0,8x et 1,2x son CA annuel au Luxembourg, tandis qu’une société IT peut atteindre 4x à 6x l’EBITDA. Les multiples s’obtiennent en analysant les transactions comparables récentes dans le même secteur et la même zone géographique.
Avantages : méthode simple, rapide, et reflétant les prix de marché réels. Inconvénient : trouver des comparables pertinents est difficile pour les PME non cotées luxembourgeoises, et les multiples varient fortement selon la taille, la rentabilité et les perspectives de croissance.
La méthode DCF (Discounted Cash Flows)
Le DCF valorise l’entreprise par la somme actualisée de ses flux de trésorerie futurs prévisionnels. Méthodologie : projeter les cash-flows disponibles sur 5 ans, déterminer une valeur terminale (année 6 et au-delà), actualiser ces flux au taux de rentabilité exigé (WACC généralement entre 8% et 12% pour une PME luxembourgeoise selon le risque sectoriel). Cette méthode intègre les perspectives de croissance et la stratégie future, mais repose entièrement sur la qualité des prévisions.
Le DCF convient aux entreprises à forte croissance ou en transformation, où le passé ne prédit pas l’avenir. Elle est privilégiée par les investisseurs en capital pour valoriser les start-ups et scale-ups.
Cas pratique : Marie et sa société IT
Marie, fondatrice d’une société de cybersécurité (CA 3,5M€, EBITDA 800k€), négocie avec un fonds d’investissement. L’approche multiples donnerait 800k€ × 5 = 4M€ (multiple EBITDA standard du secteur). Mais Marie démontre via business plan solide qu’elle doublera son EBITDA en 3 ans grâce à des contrats signés. Le DCF projetant ces cash-flows futurs aboutit à 6,2M€. L’investisseur valide les hypothèses et accepte 5,8M€, soit +45% vs méthode multiples. Sans DCF, Marie aurait laissé 1,8M€ sur la table.
Quelle méthode choisir selon votre situation ?
Adapter la méthode au contexte de valorisation
Le choix de la méthode dépend de trois facteurs : la nature de votre activité, l’objectif de la valorisation, et les informations disponibles. Pour une transmission familiale, privilégiez l’ANR réévalué qui reflète le patrimoine tangible et limite les contestations fiscales. Pour une cession à un concurrent ou repreneur industriel, combinez multiples sectoriels et DCF si vous anticipez des synergies. Pour une levée de fonds, le DCF basé sur votre business plan prévisionnel sera exigé par les investisseurs.
La pratique professionnelle recommande d’appliquer plusieurs méthodes et de faire la moyenne pondérée ou de retenir une fourchette de valorisation plutôt qu’un chiffre unique. Une cohérence entre les méthodes rassure l’acquéreur ; des écarts importants signalent des incohérences à creuser.
Cas pratique : Paul hésite entre deux méthodes
Paul, 58 ans, cède son cabinet d’expertise comptable (CA 2,2M€, bénéfice net 380k€). Actif net comptable : 150k€ seulement (peu d’actifs tangibles). Multiple sectoriel : 0,8x à 1x le CA = 1,76M€ à 2,2M€. Capitalisation du résultat (résultat net / taux 10%) = 380k€ / 10% = 3,8M€. Écart énorme ! Explication : la méthode ANR est inadaptée (pas d’actifs), le multiple CA sous-valorise la rentabilité exceptionnelle, la capitalisation du résultat surestime car ignore le risque de départ client. Solution retenue : valorisation à 2,8M€ = moyenne entre multiple haut (2,2M€) et capitalisation avec décote pour risque (3,4M€). Les deux parties acceptent cette approche équilibrée.
Conclusion
Valoriser correctement votre PME luxembourgeoise exige de combiner expertise technique financière, connaissance approfondie de votre secteur, et vision réaliste de vos perspectives. Les trois méthodes principales – ANR pour les actifs, multiples pour le marché, DCF pour la croissance – se complètent plus qu’elles ne s’opposent.
Chez PCG, nous accompagnons les dirigeants luxembourgeois dans la valorisation de leur entreprise pour transmission, cession ou levée de fonds. Notre méthodologie éprouvée combine les trois approches, intègre les spécificités fiscales luxembourgeoises (notamment pour les transmissions familiales), et produit un rapport de valorisation défendable face aux acquéreurs, investisseurs ou administrations fiscales. Contactez-nous pour une évaluation professionnelle de votre PME.